Dans les cortèges lycéens de l’automne, une revendication revient souvent : supprimer Parcoursup. La plateforme, créée en 2018, est accusée d’être opaque, stressante et injuste. Mais était-ce vraiment mieux avant ? Et que propose-t-on à la place ? Le point.
Parcoursup, comment ça marche
Parcoursup a remplacé APB (Admission post-bac) en 2018. C’est par lui que passe presque toute candidature dans l’enseignement supérieur après le bac : licence, BTS, BUT, prépas, écoles. Les vœux ne sont pas classés par ordre de préférence. Chaque formation fixe ses propres critères, examine les dossiers, puis envoie ses réponses à partir de début juin.
En 2026, environ 866 000 lycéens et étudiants en réorientation ont candidaté, soit 33 000 de plus qu’en 2025. Ils ont formulé plus de 14 millions de vœux et sous-vœux, avec une moyenne de 14,6 vœux par élève de terminale.
Ce qui pose problème
Des critères opaques. Chaque formation choisit librement comment elle trie les dossiers. Un candidat refusé ne sait donc pas toujours pourquoi. Un rapport du Sénat de 2019 a mis en lumière des « algorithmes locaux » qui pré-classent les candidats avant l’examen humain des dossiers. Les lycéens lyonnais mobilisés le 6 octobre parlent d’un outil de tri social aux critères opaques.
L’effet « lycée d’origine ». Certaines formations, notamment à Paris, pondèrent les notes selon la réputation du lycée. Un très bon élève d’un lycée moins bien classé peut ainsi passer derrière un élève moyen d’un lycée réputé. Le Défenseur des droits l’avait déjà relevé.
Le stress et l’attente. Les réponses arrivent au fil de l’eau, pendant des semaines. Au 11 juillet 2026, à la fin de la phase principale, plus de 126 000 candidats n’avaient encore aucune proposition. Les familles le vivent mal : selon une enquête de l’Etudiant et de la FCPE publiée en mars 2026, 77 % des parents se disent anxieux face à Parcoursup, et seuls 6 % jugent la procédure transparente.
Pas assez de places. Derrière la plateforme, il y a surtout un manque de places dans les formations demandées. Plus de candidats, autant de places : il faut bien trier. Plusieurs élus, dont le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, rappellent que supprimer Parcoursup ne créerait pas une place de plus.
Un bac qui compte moins. Les dossiers sont examinés avant les épreuves finales, sur la base du contrôle continu et des bulletins. Pour beaucoup de lycéens, la pression se reporte donc sur toutes les notes de première et de terminale.
Était-ce mieux avant ?
L’idée qu’on s’inscrivait tranquillement à la fac après avoir reçu son bac est en partie vraie, mais elle cache d’autres difficultés.
| Période | Comment on s’inscrivait | Les problèmes |
|---|---|---|
| Jusqu’en 1987 | Dossier papier déposé dans chaque établissement, début juillet, après les résultats du bac | Premier arrivé, premier servi : files d’attente de plusieurs heures devant les facs |
| 1987-2008 | RAVEL : vœux saisis sur Minitel, jusqu’à 18 choix | Système régional, peu d’information sur les formations |
| 2009-2017 | APB : jusqu’à 24 vœux classés par ordre de préférence | Tirage au sort dans les licences trop demandées, comme STAPS ; 87 000 bacheliers sans affectation à la mi-juillet 2017 ; algorithme jugé opaque par la CNIL |
| Depuis 2018 | Parcoursup : vœux non classés, chaque formation examine les dossiers | Critères opaques, longue attente, plus de 126 000 candidats sans proposition à la mi-juillet 2026 |
Avant, le bac donnait en principe accès à la licence, sans sélection. Mais quand une filière était pleine, on départageait par la file d’attente, puis par le tirage au sort. C’est d’ailleurs le scandale du tirage au sort qui a conduit à la création de Parcoursup.
Quant à la réussite des étudiants, les chiffres ne permettent pas de trancher. Avant la réforme, 31,4 % des inscrits en licence en 2016 l’avaient obtenue en trois ans. Pour les bacheliers 2020, environ 40 % l’obtiennent en trois ou quatre ans, et le passage en deuxième année progresse depuis deux ans. Mais ces deux chiffres ne mesurent pas la même chose.
Quelles solutions sur la table ?
La suppression de Parcoursup est réclamée de bords très différents, mais personne ne propose la même chose à la place.
| Qui | Ce qui est proposé |
|---|---|
| Le gouvernement | Garder Parcoursup mais le rendre plus transparent. Les ministères doivent proposer d’ici fin octobre des améliorations pour la campagne 2027, notamment sur les critères de sélection. |
| Union étudiante et Union syndicale lycéenne (avec l’Unef, la Fage et Solidaires) | Garder des plateformes nationales de candidature, mais sans sélection algorithmique, et créer 250 000 places dans le supérieur dès septembre 2027. |
| Pierre Ouzoulias (PCF) | Publier les critères des formations, anonymiser le lycée d’origine, revenir à des vœux classés par préférence et s’appuyer sur les notes du bac. |
| Max Brisson (LR) | Remplacer Parcoursup par des plateformes où chaque université fixe ses propres critères. |
| Éric Ciotti et le groupe UDR | Une proposition de loi déposée en février 2026 : accès garanti à tout bachelier, classement selon les notes du bac en cas de trop-plein, et une place proposée par le rectorat avant le 14 juillet. |
| Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin, Dominique de Villepin | Supprimer Parcoursup. |
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, défend une plateforme qui fonctionne et peut être améliorée. Selon elle, la supprimer serait une solution de facilité.
Mon regard
Les reproches des lycéens sont fondés. Ne pas savoir pourquoi on est refusé, attendre des semaines une réponse, voir son lycée peser plus lourd que ses propres notes : rien de cela n’est acceptable dans un service public. Sur la transparence et l’anonymisation du lycée d’origine, des progrès sont possibles rapidement.
Mais il faut être honnête : avant, ce n’était pas mieux. On faisait la queue devant les facs, puis on tirait au sort les étudiants en STAPS. Le vrai problème n’a jamais changé : il manque des places dans les formations les plus demandées, et des moyens pour accompagner les étudiants une fois inscrits. Supprimer la plateforme sans ouvrir de places, ce serait changer le thermomètre sans soigner la fièvre.
L’autre problème remonté est la « sélection », mais face au nombre de bacheliers et le nombre de places disponibles, cette sélection est obligatoire, mais elle frustre une jeunesse qui dès son plus jeune âge ne rencontre aucune barrière dans son parcours scolaire, ou qui se refuse à une réponse négative : est-ce que tout le monde peut aller à l’université, comme le Ministère se plaît à le dire à tous les lycéens ? D’ailleurs tout le monde n’aura pas le poste ni l’entreprise souhaité à l’entré dans le monde du travail.