Parti d’un lycée de Créteil fin septembre, le mouvement de blocage a touché près de 1 000 établissements le 1er octobre, puis réuni entre 256 000 et 450 000 manifestants le 6 octobre selon les sources. Le gouvernement a lancé cinq chantiers et promet des décisions avant la fin du mois. Ce que demandent les lycéens, ce que répond l’État, ce que dit la loi : le point au 7 octobre.
Comment tout a commencé
Les premières tentatives de blocage sont recensées dès le 18 septembre 2026. Le mouvement se structure à partir du 21 septembre autour du lycée Saint-Exupéry de Créteil (Val-de-Marne), puis gagne la Seine-Saint-Denis, l’Essonne, les Hauts-de-Seine et d’autres régions.
La progression est rapide. Le 30 septembre, 356 lycées sont touchés par un blocage ou une tentative, soit environ un sur dix. Le 1er octobre, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray évoque près de 1 000 lycées bloqués. Le lendemain, environ 400 établissements restent fermés.
Le même 1er octobre, une trentaine d’universités sont à leur tour bloquées à l’appel de l’Union étudiante, dont Rennes 2, Paris-Nanterre ou le campus Clignancourt de Sorbonne Université.
Ce que demandent les lycéens
Les revendications portent d’abord sur les moyens : manque de professeurs et de personnels (surveillants, infirmières), classes surchargées, bâtiments dégradés, cantine et emplois du temps. Certains établissements y ajoutent Parcoursup.
Un chiffre officiel éclaire ce contexte : en 2024-2025, 9,8 % des heures de cours prévues n’ont pas été assurées dans le second degré public, en grande partie faute de remplacement des enseignants absents. L’Union syndicale lycéenne (USL) réclame un recrutement massif d’enseignants et un plan d’urgence pour les bâtiments.
La réponse du gouvernement
Édouard Geffray juge certaines revendications légitimes, mais dénonce une instrumentalisation politique de la jeunesse et condamne les violences. Le Premier ministre a, lui, reproché à des élus de La France insoumise d’avoir appelé à étendre le mouvement.
Le 2 octobre, le ministre a reçu syndicats d’enseignants, fédérations de parents et organisations lycéennes. Il annonce une plateforme de concertation ouverte dès le 5 octobre pour trois semaines : chaque élève pourra y décrire ses difficultés et ses attentes. Les syndicats lycéens, déçus de l’absence de mesures concrètes, ont qualifié cette plateforme d’écran de fumée.
Le dimanche 4 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a adressé à ses ministres une feuille de route en cinq chantiers, en reconnaissant la légitimité des revendications. Il s’agit d’assurer les cours (en remplaçant plus vite les professeurs absents), d’améliorer les locaux avec les régions qui en ont la charge, de mieux organiser les journées des lycéens, de rendre Parcoursup plus transparent et de donner des suites concrètes à la parole des élèves. De premières décisions sont attendues avant la fin octobre. La consultation en ligne est ouverte jusqu’au 23 octobre et des échanges sont organisés dans les établissements jusqu’au 16 octobre.
Le Premier ministre a également demandé que les cours reprennent partout où la sécurité le permet, et annoncé des temps d’échange avec les élèves dans les lycées cette semaine. Des chefs d’établissement, comme le syndicat SNPDEN-Unsa, jugent ces annonces difficiles à mettre en œuvre et réclament surtout des moyens pour avoir un professeur devant chaque classe après la Toussaint.
Des violences en marge des blocages
Le mouvement a aussi été marqué par des incendies, des jets de projectiles et des affrontements avec les forces de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur a annoncé 1 949 interpellations pour la seule journée du 1er octobre. Selon le gouvernement, 215 élèves et 85 personnels éducatifs, dont 34 proviseurs et adjoints, ont été blessés depuis le début du mouvement.
De leur côté, des lycéens ont témoigné de violences lors de gardes à vue, et l’IGPN a été saisie de trois enquêtes sur des blessures infligées à des élèves. Amnesty International a dénoncé le 2 octobre un usage disproportionné de la force. Sébastien Lecornu, lui, réfute toute « répression policière » et défend l’action des forces de l’ordre. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a demandé aux procureurs d’engager la responsabilité civile des parents en cas de dégâts. Les organisations lycéennes se sont désolidarisées des violences et rappellent que la majorité des blocages se déroulent sans incident.
Bloquer son lycée, est-ce légal ?
Non, au sens strict. Les lycéens n’ont pas de droit de grève. Le Code de l’éducation leur reconnaît une liberté d’expression et de réunion, mais seulement si elle ne perturbe pas les cours. Un blocus peut donc entraîner des sanctions disciplinaires, de l’avertissement à l’exclusion. Une absence pour manifester est considérée comme injustifiée, et les parents peuvent en être informés.
En pratique, les sanctions pour un simple blocage, sans violence, restent rares. Les dégradations et violences relèvent en revanche du droit pénal, comme partout ailleurs.
Le 6 octobre, une forte mobilisation
L’« acte 3 » du mouvement, la manifestation nationale du mardi 6 octobre, a rassemblé 256 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 450 000 selon les organisateurs. Lycéens, étudiants, parents et personnels de l’Éducation nationale ont défilé dans plusieurs villes, soutenus par de nombreux syndicats qui appelaient à la grève. À Paris, le préfet de police a fait état de 32 interpellations l’après-midi et de 58 dans la matinée dans l’agglomération, un chiffre qu’il a jugé faible, estimant qu’un parcours déclaré permettait de manifester dans le calme.
Et maintenant ?
Le mouvement ne faiblit pas : une nouvelle journée de mobilisation est prévue ce jeudi 8 octobre, et la CGT comme Solidaires ont annoncé qu’ils seraient de nouveau aux côtés des lycéens et des étudiants. La suite dépendra des premières décisions promises par le gouvernement d’ici la fin du mois, et de leur capacité à convaincre des élèves qui disent ne pas se sentir écoutés.
Mon regard
Sur le fond, difficile de donner tort aux lycéens. Des professeurs absents non remplacés, des classes surchargées, des bâtiments vétustes : ces constats sont partagés bien au-delà des cortèges, jusque dans les chiffres du ministère lui-même. Les moyens actuels sont clairement insuffisants, et les revendications sont légitimes.
Mais il y a une étape que les lycéens mobilisés ne doivent pas perdre de vue : celle d’après. Pour beaucoup d’entre eux, ce sera l’université, dans un an ou deux. Et les difficultés risquent d’y être plus grandes encore. Il faudra souvent quitter le domicile familial, trouver un logement étudiant, rare et cher, parfois loin de chez soi, et assumer seul des dépenses nouvelles.
Quant aux moyens, l’université n’est guère mieux lotie. Les présidents d’université dénoncent depuis des années un sous-financement chronique, et les étudiants qui bloquent aujourd’hui leurs facs le rappellent : amphithéâtres saturés, locaux dégradés, aides sociales menacées. Se battre pour le lycée, c’est légitime. Penser aussi à ce qui attend après le bac, c’est indispensable.